À Bunia, les enfants ont repris le chemin de l’école avec leurs cahiers, leurs uniformes et leurs rêves. Mais dans certains établissements, un élément essentiel semble manquer : les moyens de prévention contre Ebola. Pas de lave-mains, pas de thermoflashs, parfois peu de dispositifs visibles pour appliquer les mesures barrières. Dans une province confrontée à une épidémie, cette situation mérite d’être regardée en face.
Une école n’est pas seulement un lieu où l’on apprend à lire, à écrire ou à compter. C’est aussi un espace où des centaines d’enfants se côtoient chaque jour. Ils viennent de familles différentes, utilisent les mêmes salles, les mêmes installations et partagent parfois les mêmes espaces. Dès lors, demander aux écoles de prévenir Ebola sans leur fournir les outils nécessaires revient à leur demander de jouer leur rôle avec des moyens insuffisants.
Le problème n’est pas seulement matériel. Il est aussi pédagogique et psychologique. Comment demander à un enfant de respecter les gestes barrières lorsqu’il n’existe pas de point de lavage des mains à l’entrée de son école ? Comment rassurer les parents lorsqu’aucun dispositif visible ne permet de montrer que leur enfant est effectivement protégé ? La prévention doit être expliquée, mais elle doit aussi être visible.
Face à Ebola, la sensibilisation ne devrait donc pas se limiter aux messages diffusés à la radio ou dans les communautés. Elle doit atteindre les salles de classe. Les enseignants doivent savoir reconnaître les signes suspects, connaître la conduite à tenir et être capables de transmettre des informations simples aux élèves. Les enfants, eux aussi, doivent devenir des relais de bonnes pratiques dans leurs familles.
Il faut également éviter une erreur : attendre qu’un cas apparaisse dans une école pour commencer à agir. La prévention sanitaire fonctionne précisément lorsqu’elle intervient avant la crise. Installer des lave-mains, fournir des thermoflashs, former rapidement le personnel et renforcer la communication avec les parents ne sont pas des mesures extraordinaires. Ce sont des dispositions élémentaires dans un contexte épidémique.
La question est donc simple : si nous savons que les écoles sont des lieux de rassemblement, pourquoi attendre qu’elles deviennent un problème avant de les équiper ? Protéger les enfants contre Ebola ne signifie pas fermer les écoles à la moindre inquiétude. Cela signifie surtout créer les conditions permettant aux établissements de fonctionner avec un minimum de sécurité.
À Bunia, la prévention doit sortir des discours pour entrer dans les écoles. Chaque lave-mains installé, chaque enseignant formé et chaque élève correctement sensibilisé constitue une barrière supplémentaire contre la maladie. Dans une épidémie, la protection des enfants ne devrait jamais être une promesse : elle doit être une réalité visible dès la porte de l’école.
Jonathan Byaruhanga
